Message reçu sur mon portable à propos de la lecture de mon livre : "Dans les plis du chagrin. Lettre à l'absent "
Ma chère Danièle, le livre est arrivé samedi matin et ce dimanche soir, je l'ai terminé. Je n'avais de cesse de le finir. En ouvrant le paquet, j'ai aimé la couverture.
Quelle délicate intention que le marque-page ! Superbe !
J'ai beaucoup aimé ce livre et je me prépare à le relire.
Je vous retrouve, je retrouve votre famille, votre vie.
Je pense et je crois à votre immense chagrin, lors de la perte cruelle et illogique de votre frère qui a marqué toute votre vie.
Merci de nous écrire de si beaux livres.
Il me revient cette phrase de Colette: "Avec les mots de tout le monde, écrire mieux que personne."
Cette pensée est, je crois, faite pour vous. Je vous embrasse. M.92.
Bienvenue
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Communiquer avec vous, à partir des thèmes qui m'intéressent, et pour lesquels je souhaite vos réactions : l'actualité, les livres, les films, les musiques, et bien sûr les différents sujets auxquels la vie nous confronte.lundi 20 octobre 2014
Rubrique "Ils l'ont lu... Ils m'ont dit"
Danièle,
Je viens de terminer la lecture de ton livre.
Il suscite beaucoup d'émotions...
J'ai reçu cette "lettre" comme un "testament", le tien.
Sur la forme, ce livre est peu conventionnel. Tu as eu raison de l'adopter. Elle est au plus proche de ce que tu avais à faire passer.
Sur le fond, tu as fait preuve d'une grande générosité. En refermant le livre, c'est le mot "merci" qui m'est venu. Ce livre est un don, un don de Toi, de ce qui t'est le plus cher. Tu es dans chacune de ces pages, vous l'êtes... Tu as su redonner vie à ce frère disparu.
Merci, Danièle.
L.92
vendredi 26 septembre 2014
Enfants de la guerre
Comme tous les jeudis soirs, je me suis installée hier devant l'émission "La grande Librairie". Boris Cyrulnik venait présenter son dernier ouvrage : "Les âmes blessées", qui est sorti le 24 septembre. Fidèle à son habitude, malgré la gravité du sujet, il répond aux questions de l'animateur avec aménité et une clarté de propos qui n'est pas toujours évidente pour moi. Je dois vous dire que nous sommes lui et moi nés à quelques semaines d'intervalle, trois ans avant le début de la seconde guerre mondiale. Dans son intervention d'hier, j'ai été frappée par deux réflexions qui m'évoquent ma propre histoire. Il dit en substance : j'ai été vieux à six ans, à cause de la guerre.
Je peux en dire autant et je l'ai écrit deux fois dans mes romans : au moment des bombardements alliés sur la capitale, la crèche israélite du Sacré Cœur est détruite. Les enfants juifs qui dormaient, sont morts. Au lendemain de ce désastre, ma mère nous emmène constater les ruines qui entourent le monument. Plus qu'un choc, c'est pour tout mon être un traumatisme ineffaçable. Ce jour-là, je suis devenue vieille. J'avais six ans.
Cyrulnik évoque également la déportation des siens, cite Maurice Papon (je pourrais ajouter parmi tant d'autres criminels de guerre !). Pas de pardon, dit-il, les criminels n'ont pas demandé pardon aux victimes.
A propos du thème des abus sexuels, j'ai souvent, par le passé, animé des séminaires de réflexions sur le pardon. J'y ai défendu trois principes :
- On ne peut pas pardonner à celui qui ne se repent pas, qui n'est pas capable de mesurer l'horreur de ses actes et leurs conséquences.
- On ne peut pas pardonner à celui qui ne demande pas pardon à sa victime (ou à ses victimes) d'une manière explicite et directe.
- On n'est pas obligé de pardonner. Le pardon est une affaire personnelle entre soi et soi. Faire pression sur la victime pour qu'elle accepte de pardonner, ce serait encore une fois la contraindre comme elle l'a été dans les sévices passés.
J'aime à croire que Cyrulnik serait entièrement d'accord avec ces trois principes. J'aime le titre de son livre, sobre et émouvant : "Les âmes blessées". Il l'a été. Je le suis encore. Nous sommes, comme il le disait hier soir, des enfants de la guerre...
mercredi 10 septembre 2014
Le sempiternel débat sur les notes à l'école
voici l'article que je viens de faire apparaître sur facebook. Et vous, pour quel système d'évaluation, êtes-vous?
J'ai été pendant 42 ans dans le système éducatif français, d'abord en tant qu'enseignante, puis en tant qu'inspectrice départementale. Les notes à l'école sont comme les devoirs à la maison (interdits depuis 1956) : une forteresse indéboulonnable des habitudes, à laquelle les enseignants tiennent tout autant que les parents. Les notes mesurent la compétition des élèves, la rivalité, pas les progrès ni les compétences. En 1990, un psycho-pédagogue belge, Jacques Deconinck, nous a fourni durant un stage, une grille d'évaluation destinée à l'élève et à l'enseignant. Il n'y était pas question de notes, mais d'une approche réfléchie sur la réussite, les progrès (d'abord mis en valeur), puis des améliorations envisageables, raisonnables et réalistes. Il n'a jamais été possible de faire adopter ce système qui avait le mérite d'être gratifiant pour l'élève. Ceux qui me liront ici se doutent des motifs de cet échec. En guise de conclusion provisoire, je propose de méditer cette suggestion d'un psychologue américain dont j'ai malheureusement oublié le nom : dans une évaluation d'élève, il convient d'énoncer trois compliments et trois propositions de progrès. Si vous ne trouvez pas de compliments à faire à l'élève, abstenez-vous. Vous verrez, le seul fait d'envisager de vous taire, vous révèlera les bonnes paroles auxquelles en un premier temps vous n'aviez pas songé !
mardi 9 septembre 2014
" Dans les plis du chagrin - Lettre à l'absent "
Voici la sortie de mon dernier livre, paru chez un dynamique éditeur de la Côte d'Azur : Oxybia, dirigé par Régis Daubin. Régis et moi, nous nous sommes connus en 2010, lors d'une rencontre entre la direction des éditions L'Harmattan et les auteurs régionaux. Des éditeurs indépendants avaient aussi été invités à cette manifestation. A midi, nous étions toute une bande d'amis, auteurs de L'Harmattan, assis à une table. Régis s'est avancé et a demandé s'il pouvait manger avec nous. Nous nous sommes serrés pour lui faire une place. Depuis... nous ne nous sommes pas perdus de vue. C'est sûrement cela l'amitié, elle arrive, on ne sait d'où, on ne l'attend pas, elle s'invite dans notre cœur et s'y installe.
Quand j'ai demandé à Régis si mon livre sur le deuil serait susceptible d'intéresser sa maison d'édition, il n'a dit ni oui, ni non. Seulement "peut-être, pourquoi pas?". Il a attendu de le faire lire à son comité de lecture. Verdict :"on est emballés!" Et moi, donc ! Je m'étais imaginé un refus poli, en raison du sujet traité, et pour moi, une déconvenue supplémentaire. Et voilà que des gens avaient non seulement aimé lire mon livre, mais en étaient emballés !...
Nous avons ensuite beaucoup travaillé, Régis et moi, sur la mise en page du manuscrit, la meilleure police de caractères, la traque des fautes d'orthographe, des incorrections, des veuves et des orphelines de typographie. Mais tout ce travail laborieux et pointu n'était rien à côté de ce qui nous attendait : la composition de la couverture.
Au départ, et depuis longtemps, j'avais l'idée d'une photo de couverture, sur laquelle on apercevrait des brouillons, des morceaux de feuillets écrits de ma main, déchirés, éparpillés sur une table, prêts à s'envoler, en raison des outrages dont est capable le mistral dans notre région. J'en avais gardé plusieurs et quand j'en ai parlé à Régis; il a eu une réaction attentive, et ... ni oui, ni non. Il y eut donc des essais de clichés photographiques, puis une autre idée est arrivée. Celle-là, c'était mon compagnon qui nous la suggérait : "Et pourquoi pas le tableau de Van Gogh : 'la nuit étoilée'?" Il faut que je vous précise que cette proposition ne pouvait que nous enthousiasmer. Je ne vous en dis pas plus. Si vous lisez le livre, vous saurez pourquoi... Nouveaux essais, recherche de couleurs, d'harmonie des tons, de positionnement des caractères, ici, là, non pas là, oui, peut-être... La couverture à présent est telle que je l'avais imaginée. Merci Oxybia, merci Régis...
Au fil des prochains articles, je vous parlerai du contenu de mon livre et des thèmes qui y sont abordés. Je veux juste aujourd'hui vous donner à voir la présentation que nous avons concoctée. Faites-moi part de vos réactions et de vos commentaires. Je suis impatiente !
Si la présentation est difficile à lire, dites-le moi, je vous l'enverrai par mail.
vendredi 28 mars 2014
A priori
J'avais un a priori, je ne l'ai plus. Je ne voulais pas lire ce livre et je l'ai lu quand même. A cause de l'insistance d'une amie qui me l'a prêté : " J'aimerais vraiment avoir ton avis là-dessus." Comme chacun le sait peut-être, je ne peux pas résister à ce genre d'introduction. C'est plus fort que moi. Je deviens aussi bête que le renard face au corbeau de la fable.
Donc, j'ai lu. Au début, agacée. Cette histoire de riche qui se drogue, ça me donne de l'urticaire. C'est un réflexe de classe périmé, je sais ! L'endoctrinement familial, pourtant vieux de soixante ans, il en reste quelques slogans : "Un désœuvré, bourré de fric, pétri des défauts et des tares bourgeoises, rien à voir avec les préoccupations quotidiennes des masses laborieuses. A force de luttes et de labeurs, elles seront un jour victorieuses, déboulonneront le capitalisme arrogant et la mondialisation responsable de tous les maux..." Vous voyez, le passé idéologique de ma jeunesse conserve en moi quelques séquelles. Même si elles s'effilochent au fil du temps ! Il suffit d'appuyer sur un bouton. La litanie de la luttes des classes rapplique au grand galop... C'est comme les strophes des récitations de l'école, ... à l'heure où blanchit la campagne... ou Rodrigue as-tu du cœur ?... Vous aurez beau faire, elles sont inscrites dans le cerveau. Mais je m'égare... Bref, j'ai lu ce livre pour faire plaisir à mon amie (voir plus haut : pêché d'orgueil).
Et là? J'ai été agréablement surprise. Cet écrivain que je ne goûte pas, dont je méprise les fanfaronnades et les pitreries médiatiques, ne voilà-t-il pas qu'il écrit un récit présent/passé, avec son cœur, dans une sincérité indiscutable ? La franchise est là, tient la bride de l'écriture et ne permet pas les pirouettes. J'en ai été touchée, parfois même attendrie par l'enfant retrouvé au fond de soi que les souvenirs ravivent un à un. J'ai commencé le livre et ne l'ai plus lâché jusqu'à la dernière ligne! Je vous le recommande : "Un roman français" de Frédéric Beigbeder.
lundi 17 février 2014
"Sigmaringen"
Il me serait agréable de vous dire que ce livre m'a emballée. Et pourtant ce n'est pas le cas. Certes, soixante-dix ans après les faits, l'histoire elle-même continue de nous passionner : à l'automne 1944, près de deux mille personnes impliquées dans la collaboration française avec les nazis se réfugient au château de Sigmaringen, en Allemagne, dans l'attente (illusoire) de jours meilleurs. Certains en sont intimement convaincus : l'Allemagne gagnera la guerre et ils reviendront au pouvoir en France. La fine fleur des traîtres est là : Pétain, Laval, Darnand, Déat, Abetz, l'incontournable Céline. Des grandes pointures et du menu fretin. Ceux qui ont commandé les pires crimes et ceux qui, sans état d'âme, les ont exécutés. Tous, à des niveaux divers, ont à craindre pour leur peau. D'un étage du château à l'autre, on s'ignore, on se fuit, car les haines et les rancunes ne s'apaisent pas dans ce sinistre exil. On pallie l'absence de liberté et l'ennui à l'aide de l'arrogance, la bonne chère et les ragots.
D'où vient le malaise ressenti à la lecture du récit ? Certainement pas des faits historiques eux-mêmes. Ils sont honnêtement rapportés. Alors de quoi ?
L'auteur a retenu le parti-pris littéraire d'un récit à la première personne. C'est un choix d'auteur, il n'y a rien à redire là-dessus. Je le respecte. Le narrateur est le majordome des Hohenzollern, resté au château tandis que ses maîtres ont été priés de s'éclipser. Il raconte la vie au quotidien de ces quelques six mois de peur et de folie. Mais la place que ce serviteur occupe au fil des pages, sa romance amoureuse, sa passion musicale, ses réflexions intimes, nous dévient de notre attente. On se croirait dans les sous-sols de la série télévisée "Downton Abbey", référence qui figure d'ailleurs dans les sources documentaires de Pierre Assouline. La vie du monde des domestiques au service des puissants est passionnante, j'en conviens. Il suffit de se souvenir de ce très beau livre : "Les vestiges du jour". Mais elle prend le pas sur le sujet et c'est dommage. Le propos historique, relégué à la seconde place, est anecdotique. Pourtant Assouline s'est entouré d'une richesse documentaire impressionnante. Ce qu'il en a fait dans son livre reste frustrant.
Le mois prochain, je vous parlerai d'un livre remarquable :"Le nazi et le psychiatre". En attendant, si vous voulez mieux comprendre comment et pourquoi n'importe lequel d'entre nous peut devenir un bourreau on ne peut plus banal, penchez-vous sur les travaux de Stanley Milgram et d'Hannah Arendt. A très bientôt...
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