Bienvenue

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Communiquer avec vous, à partir des thèmes qui m'intéressent, et pour lesquels je souhaite vos réactions : l'actualité, les livres, les films, les musiques, et bien sûr les différents sujets auxquels la vie nous confronte.

jeudi 8 décembre 2016

Diable d'homme (suite)



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- Non, je ne sais pas, je n’ai pas regardé ma montre. Mais il devait bien être deux heures du matin. Dans le taxi, elle s’est mise à raconter la soirée au chauffeur : « Vous auriez vu ça, monsieur, c’était à se péter la rate ! Mon mari a roulé sous la table, oui, oui ! Mais, vous, excusez-moi du peu, vous n’auriez pas été invité chez ces gens-là ! La haute, monsieur, la haute ! Même pour vous taper la maîtresse de maison, vous n’auriez pas eu de passeport ! Hi ! Hi ! Hi !» Dans le rétroviseur, le regard du chauffeur en disait long. Il devait avoir l’habitude de ce genre de soûlographie la nuit dans Paris. Il se contentait de sourire. Puis elle s’est tournée vers la portière et elle a vomi. J’ai sorti tous les billets que j’avais dans mon portefeuille et je les ai donnés au chauffeur.
- …….
- Combien ? Mais je n’en sais rien… Peut-être 200€… En tout cas, tout ce que j’avais sur moi… Chez nous, je l’ai couchée toute habillée sur son lit et je l’ai couverte. Elle dormait déjà.
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- Oui, je vous l’ai déjà dit, on fait chambre à part, à cause de mes ronflements. Elle ne me supporte plus depuis longtemps.

Un long silence s’installe dans le bureau. On ne l’interroge plus. Il ferme les yeux puis reprend :
- Le lendemain matin, j’ai…
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- Si j’ai dormi ? C’est ça que vous voulez savoir ?
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- Oui, bien sûr que j’ai dormi !…
- …….
- Non, sans me réveiller. D’une traite… de banque ! …Oui, c’est pas drôle, je sais !
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- Oui, je prends un léger somnifère le soir, depuis longtemps…
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- Pourquoi ? À cause des problèmes de la journée. Si je ne fais pas ça, je travaille du chapeau toute la nuit. C’est mon métier qui veut ça… J’suis pas comme vous, moi !... Vers 8 heures du matin, je lui ai porté une tasse de thé. C’est une habitude le samedi. Ça fait partie des choses simples et solides sur lesquelles repose l’univers quotidien de notre couple… 
- …….
- Que j’abrège ce genre de considérations ? D’accord… Elle était réveillée, assise sur son lit, calée par les oreillers. Pas belle à voir ! Avec les rides des mauvais jours, les yeux rouges gonflés de sommeil et le visage congestionné. Elle avait ramené tous ses cheveux sur le sommet de la tête comme une pelote de laine. Je l’ai trouvée laide. (à suivre)...

mercredi 7 décembre 2016

Diable d'homme (suite)



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- Pourquoi on les fréquente ? Parce qu’à Paris, monsieur, dans le monde des affaires, si on ne va pas les uns chez les autres, on a du mal à se faire de bons réseaux !... Chez eux, le champagne coule à flots. Moi, je tiens bien l’alcool. Dans mon travail, ça vaut mieux ! Ma femme, non. Elle n’a pas l’habitude. À un moment donné, après le repas bien arrosé, elle s’est levée et a porté un toast à l’hôtesse. Les autres ont applaudi. Ils n’auraient pas dû, elle a pris ça pour un encouragement. Elle s’est mise à chanter à tue-tête O sol e mio. L’assistance trouvait ça amusant sauf les lèvres de la maîtresse de maison. Ça se voyait, sur son sourire de circonstance, pour faire comme les autres. Elle se contentait de pincer sa petite bouche, et…
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- Et moi ? Quoi, moi ? Moi, j’étais gêné, je ne m’attendais pas à ce numéro. Quand elle a fait mine d’avoir trop chaud et qu’elle a arraché son collier de perles… des perles que je lui avais ramenées de Singapour… les sourires se sont évanouis ! Les perles ont rebondi et roulé sur le parquet. À quatre pattes, elle s’est mise à les ramasser en retroussant sa robe longue qui la gênait. Je n’en croyais pas mes yeux : en se redressant, elle a jeté une poignée de perles sur le personnel de service qui commençait à desservir. Je me suis dit que, bien sûr, elle n’avait pas un soupçon de cervelle dans le crâne, mais que quand même, elle allait arrêter de se donner en spectacle ! Puis ses sandales ont volé à travers le salon. Elle perdait tout contrôle d’elle-même ! Les invités ont ricané puis se sont figés et j’ai senti leurs silences, leurs rires étouffés, malveillants. Une toute petite lueur de satisfaction dans leurs yeux. Ils en feraient des gorges chaudes un peu plus tard, c’est à ça que j’ai pensé. À ce qu’ils diraient derrière mon dos. La rage m’a envahi mais j’étais cloué sur place devant l’agitation démente de ma femme.
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- Non, vous n’en savez rien ! Vous n’étiez pas à ma place. C’est facile ce que vous dites… Y’avait qu’à ! Y’avait qu’à !... Y’avait rien à faire pour l’arrêter ! Elle est montée sur une chaise et sur la pointe des pieds, elle cherchait à attraper les ficelles des ballons de baudruche qu’elle faisait éclater avec la pointe d’un couteau. J’ai eu peur. J’étais paralysé, impuissant.
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- Peur de quoi ? Vous en avez de bonnes ! Les invités ricanaient. Certains devaient se réjouir de voir la femme de Manuel Destailles se donner en spectacle. C’était répugnant. J’étais fou de rage. J’ai pensé à mon job, à ma réputation de meilleur trader de la banque… Je l’ai prise par le mollet pour la faire descendre. Elle a crié : « Bas les pattes, sale brute, tu me fais mal ! »
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- C’est pas ce que j’ai dit avant ? J’ai dit d’abord sale brute ? D’accord, mais qu’est-ce que ça change ? Elle s’est débattue et hurlait tout ce qui lui passait par la tête. Toute notre vie privée y est passée… Elle la livrait en pâture ! Elle piétinait ma carrière ! Ça me dégoûtait ! Les vagues de rires avaient cessé. J’ai ramassé son sac à mains et j’ai lancé un petit sourire crispé à la maîtresse de maison consternée par cette exhibition. Sa soirée était gâchée. Je savais que les Lérissac ne me le pardonneraient pas. Quand on a quitté l’appartement, je me sentais comme un petit garçon en faute. J’avais les oreilles qui bourdonnaient et le cœur qui sortait de ma gorge. Dans le taxi… (à suivre)

lundi 5 décembre 2016

Diable d'homme



Le monologue  Diable d’homme  qui suit, s’inspire du tableau peint par un ami et non moins artiste : Jean-Luc G.

Pour l’écrire, je me suis souvenue d’une structure littéraire : le monologue théâtral, utilisé par Jean Cocteau dans La voix humaine, une pièce en un acte pour un seul personnage. Pièce dans laquelle Simone Signoret s’était montrée bouleversante. Sur la scène, une femme désemparée téléphone. D’un bout à l’autre de la pièce, on n’entend que sa voix et la douleur déchirante d’une rupture amoureuse avec l’homme aimé.

Voici le texte que le tableau de Jean-Luc m’a inspiré :
Un homme, dans un commissariat, est interrogé. Vous n’entendrez que lui. Il faut donc imaginer les réparties de ceux qui le « cuisinent » pour le faire avouer ce dont il est accusé. Le rôle des protagonistes est secondaire. Ce qui compte, c’est le cheminement mental et émotionnel de cet homme qui parle, se défend, raconte.


Diable d’homme !

La scène se passe dans un local sans fenêtre, au commissariat des Batignolles. Au plafond, un ventilateur grince et brasse de l’air tiède. Trois policiers debout interrogent un homme d’environ 45/48 ans, large d’épaule, assis sur une chaise en bois inconfortable. Ses mains sont menottées derrière le dos, coincées par les barreaux de la chaise. Ses chaussures n’ont plus de lacets. Sur sa joue droite, un hématome.
Cheveux décoiffés, mal rasé, yeux cernés, chemise froissée. Depuis des heures, il s’agite. Il paraît au bout du rouleau.
Au cours de la scène qui va suivre, on n’entend que sa voix et ses répliques.

- Je vous répète que ce n’est pas moi. Je n’ai rien à voir avec ce qui s’est passé.
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- Combien de temps vous allez encore me cuisiner ? Je suis innocent. Innocent, je vous dis.
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- Moi ? Mais je ne ferais même pas de mal à un moustique. Même l’été, dans la cuisine, je n’arrive pas à les tuer… Alors vous en avez de bonnes, me faire avouer ce que je n’ai pas fait !
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- C’est dans votre tête, pas dans la mienne. Ah ! Vous êtes bien tous pareils, vous les flics, vous seriez capables de coffrer votre père et votre mère !
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- Ne recommencez jamais ça, vous m’entendez ? Jamais !… Et d’abord où est mon avocat ? Non, ne m’essuyez pas la bouche, on lui montrera vos charmantes méthodes de frappe… Quoi encore ? Que je raconte quoi ? Ça ne lui a pas suffi au mec derrière vous qui tape sur sa machine à écrire comme un malade depuis des heures ? Vous n’avez qu’à relire. Tout y est.
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- Que je recommence à parler de la soirée ?... D’accord, mais c’est la dernière fois, la der des ders, compris ? Pourquoi que vous ne courez pas après les dealers de la porte de Clichy au lieu de tabasser des innocents ?
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- Et vous aussi, ne me parlez pas sur ce ton… Bon, ça va, je reprends à zéro… Mais, bon sang, donnez-moi un verre d’eau. J’ai la langue collée au palais et ma tête, ma pauvre tête qui ne sait plus où elle en est.
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- Non, je ne fais pas le mariole et je ne cherche pas à gagner du temps. Allez, on y va… Mais je vous ai prévenus, c’est la dernière fois !... Avec ma femme, on s’est rendus chez les Lérissac, vendredi soir, à Puteaux. Des gens bégueules qui nous invitent deux ou trois fois par an, qui sont bourrés de fric et de principes. Pour être reçu chez eux, faut se mettre sur son trente et un. À chaque fois, ils cherchent à nous en mettre plein la vue avec leurs soirées mondaines : personnel de service en livrée, repas commandés chez les meilleurs traiteurs de Paris et le champagne qui…. (à suivre)

samedi 8 octobre 2016

La vie

Lors d'une interview, l'acteur italien Vittorio Gassman affirmait en substance : la vie est vraiment trop courte! Il nous en faudrait deux. La première, à l'essai, au cours de laquelle on tâtonnerait, on apprendrait, on expérimenterait. En quelque sorte, on ferait ses gammes. Et puis la seconde, celle-là serait la vraie vie et nous pourrions goûter à tout ce qu'elle nous offre sur terre. Les joies et les chagrins, les bonnes choses et la trahison, la sagesse et l'amour. L'art et le bonheur.  Le panier se remplirait peu à peu...
Comment ne pas être d'accord avec lui ?